A l'occasion de la journée internationale contre l'homophobie qui aura lieu lundi 17 mai, j'ai écris une
petite nouvelle pour montrer à quel point ce sujet me tiens à cœur et pour mettre ma petite pierre à l'édifice.
A tous ses
gens qui crachent leur haine au nom d'idéologie que je ne comprendrais jamais, pensez à toutes ces personnes qui se sont données la mort.
Et d'avance, pardon pour les fautes.
NB : ceci est une fiction, n'y voyait rien d'autobiographique.
****
Il allait le faire. Il fallait le faire. Il devait calmer ce feu qui le consumait. Il ne fallait pas réfléchir. Juste
foncer. Se sentir invincible, invulnérable.
Benoît s’approcha fébrilement de cette maison à laquelle il avait tant rêvé.
Au moment de frapper à la porte, un terrible doute l’assaillit : un nœud contracta son estomac. Il voulait
maintenant fuir le plus loin possible. Mais c’était trop tard. Il fuirait après s’il le faut. Maintenant il fallait agir.
Il frappa. Personne ne répondit. Un immense soulagement le délivra de son angoisse. Mais très vite ce sentiment
fut remplacé par la déception. Il devrait continuer à faire semblant, à prétendre ce qu’il n’était pas, à aimer en secret.
Il tourna les talons, sans trop savoir ce qu’il allait faire ensuite.
Soudain, il entendit des grincements. Une porte qui s’ouvrait. Il n’osait pas se retourner. Il savait déjà qui
il verrait, mais pire encore, il sentait ce qu’il verrait.
- Hé, ne t’en va pas.
Benoît ne voulait pas se tourner et croiser ces yeux qui le hantaient tant. Pourtant son corps, qui ne
répondait plus à sa volonté, avait décidé de prendre en main les choses pour lui, et c’est d’une façon quasi robotique que Benoît se retrouva face à celui qui lui avait fait comprendre que
l’amour était sans aucun doute le sentiment le plus violent du monde.
Il voulait lui parler, lui dire quelque chose. N’importe quoi. Cela ferait l’affaire. Mais tout son être était
paralysé. Cette façon méprisante qu’avait Axel de regarder Benoît et ce sourire narquois qui se dessinait sur ses lèvres étaient une injure à sa beauté qui, soudainement, fut balayé par autre
chose, une chose que Benoît avait feint jusque là d’ignorer. L’amour rend aveugle, dit-on. C’est faux, l’amour, c’est juste la vision déformée d’un être qu’on idéalise. L’amour, c’est croire à la
perfection. L’amour, c’est contempler la beauté de la partie émergée de l’iceberg, sans voir que sous les eaux troubles, il y a une partie immergée beaucoup plus sombre et laide. L’amour, c’est
rêver. Mais les rêves ont une fin.
Benoît eut l’impression que le sol allait se dérober sous ses pieds. Il attendit que la croute terrestre se
fracturât, que les mers se vidassent de leurs eaux, que les étoiles tombassent du ciel, que les volcans crachassent leur colère. Mais il ne se passa rien. Le monde survécut. Il n’avait que
faire d’une déception amoureuse d’un gamin. Il avait ses propres problèmes.
Axel n’était plus là. Il devait déjà être en train d’appeler ses copains. Les rumeurs allaient déjà bon train
sur Benoît depuis pas mal de temps. On ne cache pas la différence. Et dans le monde tel qu’il est, on ne peut même pas l’apprécier. Juste la subir.
- Courir, courir, courir, entendit-il dans sa tête.
C’était ce qui lui restait à faire.
Courir, courir, courir, et fuir.
Benoît était assis sur un banc du lycée. Comme toujours. Devant lui, un garçon et une fille s’embrassaient, ou
plutôt devront-on dire, à ce stade, qu’il se roulait une pelle, ou une galoche selon les préférences.
Il eut alors un sentiment de solitude absolu. Pourquoi fallait-il qu’il ne soit pas comme les autres, pourquoi
fallait-il qu’il soit une pédale, une tapette, un pédé, une tantouze ? Pourquoi était-il se sentait-il seul dans ce cas ? Etait-il une abomination de la nature, qu’il fallait mettre à
l’écart des autres avant qu’il ne les contaminât ?
Connaitrait-il un jour ce doux sentiment d’un amour partagé ? Sentirait-il des lèvres se poser sur les
siennes ? Ou ces bras entourer ses épaules ? L’amour, l’amour, l’amour.
L’amour, apparemment n’est pas pour tout le monde. L’amour ça ne se partage pas. C’est la propriété exclusive
des hétérosexuels, qui gardent leur monopole de l’amour comme un bien précieux qu’il faut à tout prix défendre.
Hétérosexuel, homosexuel, quels mots insensés. C’est ne pas un sexe qu’on aime, mais une personne. A quoi cela
rime t-il de réduire un sentiment humain à une sexualité. Pour Benoît, il n’y avait juste que des homoamoureux ou des
hétéroamoureux. Et c’est pour cette raison qu’au fond de lui, il ne se sentait pas anormal. Différent, sans aucun doute, mais pas anormal. Après tout, il avait bien le
droit d’aimer qu’il voulait. C’était à lui de choisir la personne avec qui il avait envie de passer une partie de sa vie, pas aux autres. Eux, dans leur intolérance et dans leur renie de l’amour,
donc de l’humanité, étaient anormal.
Pas lui.
Benoît, plongé dans des réflexions bien de celles que pourrait avoir à l’accoutumé un adolescent de son âge, ne
vit même pas qu’Axel et ses copains s’étaient approchés de lui.
L’un des gars de la bande s’assit à coté de lui et le prit par l’épaule.
- Alors pédale, tu mates ? Regarde comment il s’emballe, si c’est pas mignon ça. Ils te font envie
allez avoue. Ah ouais non j’avais oublié toi c’est les mecs.
Des rires moqueurs assourdirent ses oreilles.
‑ Dégage de là sale con.
‑ Du calme mon chéri. Tu vas pas me violer au moins.
C’en fut trop pour Benoît. Il se jeta sur le garçon et lui colla son poing dans la figure. Ils commencèrent à
se battre. Un surveillant finit par les séparer. Une rage sans son nom s’était emparée de lui. Il avait envie de frapper tout le monde. De détruire tout ce qu’il pouvait. Il n’était pas l’esprit
assez clair pour se défendre face au conseiller principal d’éducation qui essayait de tirer au clair les raisons de cette dispute. Bien sûr, tout lui fut mis sur le dos. Il fut exclu quelques
jours du lycée.
Il ne décrocha pas non plus un mot lorsque sa mère vint le chercher et qu’elle le ramena à la maison. Le retour
fut silencieux. Sa mère était trop en colère pour dire quoi ce fût, et quant à Benoît, il s’était murer dans un profond silence.
Une fois qu’ils furent arrivés à la maison, la mère engagea le dialogue.
- Benoît tu pourrais dire quelque chose au moins. On se démène pour toi, on fait tout pour que tu sois le plus
heureux possible, tu as tout ce dont tu as besoin, et pourtant je sens bien que depuis quelques temps tu ne te sens pas bien.
Que pouvait-il répondre à ça ? Voilà le monde il vivait, un monde qui interdisait à toute personne qui
avait « tout ce dont il avait besoin » de souffrir. Ou du moins il fallait souffrir en silence. En pensant aux petits africains qui crevaient de faim à l’autre bout du monde.
Relativiser, toujours relativiser. Rien n’est jamais grave.
- Tu sais, si tu ne me dis rien, on pourra rien faire pour t’aider. Je suis ta mère, tu sais bien que tu peux
tout me dire. Mais dis-moi quelque chose Benoît, merde à la fin.
‑ Je ne suis vraiment pas sur que cela te plaise maman.
‑ Quoi à la fin, t’es des problèmes avec une fille. Avec des amis. Avec la drogue ?
Benoît eut alors un fou rire qui n’en voulait plus finir. Cela n’arrangea pas la colère de se
mère.
‑ Quoi ? J’ai dis quelque chose de drôle ? Eclaire-moi là, parce que je suis un peu
paumée.
‑ Maman, parvient-il çà dire entre deux hoquets, est-ce que m’as vu ne serait-ce qu’une seule fois avec une
fille ? Avec des amis. Et puis la drogue…C’est vraiment bien des trucs de mère ! Dès qu’il y a un problème, c’est la faute aux filles, aux amis, et à la drogue.
‑ Quoi alors !!! Mais dis-moi.
‑ Ok, alors ouvre bien tes oreilles maman. Je suis homo.
‑ Tu…quoi ?
‑ Homo, Maman. Tu sais, les garçon qui aiment les garçon : les gays, les pédé, les pédales. Les
suceurs de…
‑ Tais-toi, cria sa mère.
Un silence de plomb se jeta entre la mère et son fils.
Benoît savez que les questions allait affluer une fois que sa mère aurait reprit ses esprits. Et il n’avait
vraiment pas envie d’y répondre. Alors il prit les devants.
- Maman, me dis pas que tu es étonnée. C’est toi-même qui aime dire à tes collègues combien ton petit Benoît
est un peu différent des autres, qu’il est juste un peu plus sensible et qu’il n’aime pas forcément ce que les autres garçons se son âge aiment.
‑ Je…Je…Oui c’est vrai tout ça, mais ça fait pas forcément de toi une…un homo. Je crois que tu te poses trop
que questions et tu t’es un peu perdu.
‑ Oh Maman je t’en prie, par pitié. Je suis attiré par les garçons voilà tout.
- A ton âge c’est normal. On sait trop
qui on est, on se cherche. Tu sais quand j’étais à peine plus âgée que toi…
- Mais je m’en fous de ta vie. Je suis
seulement attiré par les garçons. J’aime les garçons. Je suis tombé amoureux d’un garçon.
- Tu en es sûr ?
- De quoi ? Que c’est un
mec ? Oh ben j’ai pas été encore vérifié, mais y’a deux trois détails qui me font bien penser que si.
- Tu sais très bien ce que je veux
dire.
- J’en suis sûr si tu veux
vraiment savoir. Et crois pas que ça a été facile. Ca m’a rendu un temps malade, j’en ai été dégouté de moi-même. Mais j’ai fini par comprendre que j’étais pas plus anormal que les autres et
que…
- Ca se soigne.
Benoît eut le souffle coupé.
- Quoi ? Quoi, quoi,
quoi ?
- Je connais un très bon psy, il sait parler aux ados en difficultés. Tu ne va pas bien, je m’en veux de ne pas
avoir compris jusqu’à quel point, mais tout va s’arranger maintenant. Je vais parler à ton père ce soir et tout ira très bien.
‑ Maman si je vais pas bien c’est à cause de vous tous. Je suis pas malade, putain !!! Depuis quand c’est
une maladie de tomber amoureux ?
‑ Un homme avec un homme, c’est pas de l’amour. C’est pas naturel ça. Tu es malade
mais ne t’inquiète pas. On va t’aider ton père et toi. Et puis ensuite tu te sentiras beaucoup mieux. Tous tes problèmes : envolés. Et puis un jour, tu tomberas sur une fille qui te plaira,
vous vous marierais, vous aurez pleins d’enfants, et ira très bien. Parfaitement bien. Ouais. Parfaitement bien.
Sa mère ne l’écoutait plus. Son monde menaçait de s’effondrer. Et elle devait coûte que coûte le défendre. Même
contre son propre fils.
‑ Non naman tout ne vas pas bien, c’est toi qui es malade. Tu ne veux même essayer de comprendre, de me
comprendre. De comprendre ton fils. T’as jamais voulu me comprendre. Je te déteste tu entends je te déteste.
Tout un coup, Benoît vit un ciel étoilé. La claque que venait de lui mettre sa mère l’avait emmené vers
d’autres cieux.
‑ Ecoute moi bien. Tu es sous mon toit, et tu feras ce que ton père et moi on te dira de faire.
Benoît ne voulait pas en entendre plus. Il s’enferma dans sa chambre et s’allongea ans lit. Il avait la tête
vide. Il avait envie de vomir. Tout ça n’avait aucun sens.
Plus tard il entendit son père rentrer du travail. Il essaya de se couper du monde, de plus rien entendre, mais
il n’y existait aucun barrage assez efficace pour arrêter les paroles de son l’homme qui l’avait mis au monde « je veux pas de ça sous mon toit », « les pédés on leur
casse la gueule avant que ça nous pollue », « qu’est-ce que j’ai donc fait pour mériter ça ».
Tout se calma. Sa mère avait du le convaincre qu’avec un bon psy, tout allait s’arranger.
Tout irait parfaitement bien.
A l’heure du repas, il refusa de sortir de sa chambre. Sa mère ne tenta pas vraiment de le convaincre de venir
manger.
Quand la nuit fut tombée, et que ses parents furent allés se coucher, il se rendit dans la salle de bain. Il se
regarda longuement dans le miroir, cherchant ce qui clochait chez lui. Le constat était encore le même : rien ne clochait en lui. Il était parfaitement normal. Et il ne pouvait accepter
qu’on veuille faire de lui quelqu’un d’autre. Non, il ne se laisserait pas faire. Il n’accepterait pas qu’on veuille le soigner de lui-même. De l’amour.
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Son regard se figea sur les lames du rasoir qui était posé sur le lavabo.
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Il verrouilla la porte de la salle de bain.
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Il ne ressentit aucune douleur lorsque les lames de son rasoir lui tranchèrent les veines.
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Il n’eut aucun dégout quand il vit son sang se déversait sur le carrelage.
Un fleuve en cru. Une cascade.
Ceci est mon sang.
Il glissait lentement vers la mort, le sourire aux lèvres. Il était en train de gagner. Il quitterait ce monde
en étant celui qu’il était. Il ne vivrait pas en étant celui qu’il n’était pas.
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Comment tous se sentiraient-ils lorsqu’on aurait découvert son corps sans vie ? Comment se sentirait sa
mère et son père en voyant son sang, qui aurait fini de couler de ses veines tranchées, coagulé sur le carrelage ?
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Comment se sentirait Axel en apprenant sa mort ? Comment comprendrait-il le fait que le garçon qui était
tombé amoureux de lui s’était donné la mort après l’avoir méprisé?
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Et les autres ?
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Tous coupables. La sentence était irrévocable.
Il fallait courir, courir, courir, et
fuir.
Lorsqu’il sentit la vie lui échappait, aucune peur ne l’assaillit. Tous les suicidés vont en enfer. L’enfer, il
y mettait fin. Peu importe ce qui venait derrière, ça ne pouvait être pire.
Il fallait courir, courir, courir, et fuir.
Et Benoît couru, couru, couru, et il s’enfuit.
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